Nanette

Le monde entier s’enthousiasme ces jours-ci pour l’heure de stand up de Hannah Gadsby. Le monde entier a bien raison.

Le trailer ci-dessous est presque absurde, une fois qu’on a traversé le show. Vous pouvez vous en passer et chercher directement en ligne un moyen de regarder ça.

Bisous.

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6 cocktails

La gastronomie, est-ce encore de la culture ? Les recettes, en tous cas, relèvent de la littérature.

Pour boire non-mixte tout l’été 2018, une sélection de six drinks par deux des plus grandes mixologues du monde – basées toutes deux à New York & partie prenante du renouveau de l’art de la bibine au tournant du millénaire.

 

Julie Reiner, taulière du Clover Club, est un des piliers de la neo-old-school et exploite méticuleusement les meilleures gnôles inventées (ou réinventées) depuis une vingtaine d’années.

Ses drinks sont très précis et imaginatifs, les ingrédients parfois un peu durs à trouver, pour des alliances de goût souvent dingues.

https://images.firstwefeast.com/complex/image/upload/c_limit,f_auto,fl_lossy,q_auto,w_1100/oareidm3rpbwzm67s7sz

Gin Blossom
1,5 oz de gin
0,75 oz de vermouth blanc
0,75 oz d’eau-de-vie d’abricot
2 traits de bitter à l’orange
à la cuillère, garnir d’un zeste de citron

Cherry Smash
4 cerises au marasquin
1,5 oz de bon cognac
1 oz de curaçao à l’orange
0,25 oz de kirsch
0,75 oz
de jus de citron
écraser les cerises au fond du shaker,
ajouter les ingrédients, shaker, passer finement,
garnir d’une cerise au marasquin entière

Cuzco
2 oz de pisco
0,75 oz d’Aperol
0,5 oz de jus de citron
0,5 oz de jus de pamplemousse
0,75 de sirop de sucre
kirsch
tapisser l’intérieur d’un verre à limonade de kirsh,
shaker, passer sur glace,
garnir d’un zeste de pamplemousse

 

 

Audrey Saunders, The Queen of Libation, a été une des mentoresses de Julie Reiner.
C’est la taulière du Pegu Club, mon endroit favori sur Terre, et l’inventrice d’une DEMI DOUZAINE de classiques modernes (en plus de ceux présentés ci-dessous, elle est connue pour avoir créé le Old Cuban et le Little Italy). Bartender la plus influente du monde, elle a formé tous les grands depuis vingt ans – et même ceux qui font semblant de l’ignorer pompent discrètement ses recettes…
L’art mixologique d’Audrey Saunders repose sur des mélanges simples & jusque-là impensés. Il y a une évidence absolue dans ses meilleurs drinks, une joie presque intellectuelle : « comment personne n’y avait pensé avant elle ? » La marque du génie, simplement.

https://s3.us-east-2.amazonaws.com/tales-prod-mediabucket-1w7ck12fqo2qd/assets/images/2016/8/6a_9iRo8MJaU_1000x0_VuM8fQbd.jpg

Gin Gin Mule
1,5 oz de gin
1 oz de ginger beer maison*
0,75 oz de jus de citron vert
1 oz de sirop de sucre
8 feuilles de menthe
écraser la menthe au fond du shaker,
ajouter les ingrédients, shaker, passer finement,
garnir d’une branche de menthe
* Faire bouillir une pinte d’eau, éteindre le feu, jeter 10 à 20g de gingembre frais râpé, le jus d’un demi citron vert et une cuillère à soupe de sucre brun. Laisser refroidir puis passer finement en pressant le gingembre pour en retirer les sucs. Embouteiller et conserver au frigo.

Earl Grey Marteani
1,5 oz de gin infusé au thé earl grey*
0,75 oz de jus de citron
1 oz de sirop  de sucre
1 blanc d’oeuf
shaker sans glace pour faire monter le blanc d’oeuf,
puis shaker vigoureusement avec glace, passer,
garnir d’un zeste de citron
* Infuser 4 cuillères à café de thé earl grey dans une bouteille de gin (70 cl) pendant 2 heures. Passer au filtre à café sans presser les feuilles de thé pour ne pas extraire l’amertume. Embouteiller et conserver au frigo.

French Pearl
2 oz de gin
0,75 oz de jus de citron vert
0,75 oz de sirop de sucre
0,25 oz de Pernod
feuilles de menthe
écraser la menthe au fond du shaker,
ajouter les ingrédients, shaker, passer finement.

 

Si vous lisez l’anglais, il y a ici une interview de la Reine, où elle parle de son enseignement par le Daiquiri (8 à 9 neuf mois d’entrainement minimum !)
+ Audrey Saunders est très drôle, ce qui ne gâche rien.

 

À votre bonne santé !

bédés

Beaucoup de lectures d’albums ces dernières semaines – à tel point que j’ai parfois l’impression de procéder à un épuisement systématique des rayons de ma médiathèque. Pas sûr que le panel lu permette de tirer des règles générales, mais il m’a quand même semblé plus facile de trouver des bédés faites par des femmes dans les rayons graphic novel et bédé indépendante. (C’est aussi plus difficile de discriminer dans les séries d’albums 48 planches couleur mainstream, dans la mesure où les auteurs sont souvent présentés par leur seul nom de famille…) On peut faire à peu près le même constat que pour le cinéma : les femmes accèdent plus facilement à la publication dans des zones de l’industrie où les rémunérations sont moindres. Petits éditeurs, projets expérimentaux, gros tomes – les romans graphiques sont plus souvent rémunérés au forfait qu’à la planche, petits fomats – mise en valeur de l’autrice, rémunération symbolique compensant la maigreur de l’avance sur droit, etc.

Ma sélection pour l’été.

 

Catégorie Biographie de femme remarquable (le top trend topic)

Artemisia, de Nathalie Ferlut et Tamia Baudoin

Peintresse majeure de la Renaissance italienne, Artemisia Gentileschi est depuis longtemps une figure clé des féminismes artistiques – elle a donné son nom au prix de bédé féminine français. Sa bio, souvent racontée en livre & en film aurait facilement permis une bédé hagiographique pour convaincu-e-s. En vrai, Ferlut et Baudoin font de cette histoire terrible une sorte de film à la Tarantino : narration remarquablement menée, dialogues impecs, mise en espace / en scène complètement dingue. Les choix effectués par Nathalie Ferlut sur la façon de redire cette vie de femme sont épatants, et le dessin de Tamia Baudoin absolument incroyable. En fermant les yeux, je peux revoir les lieux qu’elle a peint et sentir à nouveaux ces ambiances florentines. Gros boulot de doc graphique, à mon avis, et aussi une capacité très louable à se laisser porter par des goûts propres – lumières de maîtres flamands et pléthore de drapés, de motifs, de tentures, de robes. C’est vivant et incarné, on y croit à chaque instant. Et c’est aussi une très belle histoire sur la transmission et les rapports pères-filles.

 

Catégorie Autobio (deuxième catégorie où les bédéastes femmes sont surreprésentées) :

Faire semblant c’est mentir, Dominique Goblet

Apparement on est sur une histoire qui fait le choix de la sobriété : articulée en trois étapes, la narration se concentre sur deux séquences singulières (une visite au père vieillissant / une après-midi d’enfance) séparées par le récit, au milieu, d’une relation amoureuse compliquée. Le livre est cependant d’une densité et complexité assez bluffante et met en oeuvre un arsenal de moyens impressionant : diversité des techniques graphiques, des découpages, des modes narratifs, recours à un coscénariste pour la partie centrale (l’autobio se dédouble alors – je n’ai jamais vu un truc pareil), etc. Le coeur du projet – cerner et dire l’indicible – est manifeste dès la première planche, et Dominique Goblet ne dissimule rien des difficultés de la tâche à laquelle elle s’atelle. Autobiographe majeure, elle repart de zéro et reconsidère les moyens et les formes à adopter pour parvenir à ses fins. Son choix de travailler de façon sensible et de ne jamais prendre pour acquis les outils de son médium, fait de Faire semblant c’est mentir un bouquin crucial et angoissant, plein de recoins, d’angles, de beauté grinçante, de tripes.

 

Catégorie Indé -Sundance  :

Le centre de la terre, Anneli Furmak

Une virée à travers l’Islande, vue par les yeux d’un ado qui se fait chier, coincé entre une mère aimante et inquiète et le nouveau copain de celle-ci dans des vacances qu’il n’a pas choisi. Une chouette histoire, avec un choix narratif très osé de ne rentrer dans le vif du récit que dans le dernier tiers du livre. La rupture est saisissante entre le long début, un peu languissant, très réaliste, et cette crise soudaine. Ca m’a rappelé d’autres fictions islandaises, type L’Effet aquatique, et aussi en moins brutal (et aussi moins idiot) le Sukkwan Island de David Vann. Les paysage, traités de façon expresionniste, hantent les planches. Les personnages jouent très juste, les émotions  sont claires et le choix de faire de cette histoire un livre délibérément fermé, sans effet grandiloquent, fonctionne très très bien. C’est fin et malin : c’est de la bonne.

 

Catégorie Jamais lu un truc pareil :

Capitaine Mulet, de Sophie Guerrive

Découvert Sophie Guerrive il y a quelques années par Tulipe, bédé en ligne (désormais aussi dispote en bouquin) avec planches façon strips et animaux qui philosophent entre Peanuts et haiku en bédé. C’était super et neuf, étrange, beau. Capitaine Mulet a le même genre de qualités, avec une plus grande liberté encore dans le découpage – les séquences, rassemblées en petites unités, ont des tailles variables -, comme dans le dessin, qui explose parfois sur des planches entières, minutieuses, grisantes. Le livre  raconte l’exil d’un poète, promu capitaine par le roy et envoyé explorer le monde, qui s’invente un pays et refuse de se rendre à la raison. C’est totalement hors de toute mode, quelque part entre farce politique, récit philosophique, medfan et roman d’apprentissage. A la fois très malin et très drôle – ma forme favorite d’intelligence -, avec un dessin accueillant, d’une grande générosité.

 

Catégorie Limite borderline :

Qui mange des couteaux ?, Zoé Jusseret

Pas de texte, un découpage méthodique de deux cases par planche, une palette de couleur réduite et une histoire fantastique, folle, métaphorique mais cassée, qui fait un peu penser à une chanson, une des ces ritournelles traditionnelles qu’on chante aux enfants bien qu’elles contiennent en secret les clés terribles de la nature humaine, de nos peurs, de notre rapport aux mondes imaginaires (les seuls que nous connaîtront jamais), et puis un titre magnifique qui n’élucide rien mais creuse encore l’inquiétante beauté de ce livre. La seule chose que ça m’évoque un peu c’est Ludovic Debeurme ou Charles Burns à leur plus bizarre, mais avec un dessin aux antipodes, refusant le précis, le fermé. C’est un bouquin très impresionnant et puissant.

dans l’Internet

Une histoire des luttes LGBT(QI) dans cette émission régulière de Mediapart menée par deux historiennes & leur(s) invitée(s).

 

Et puis deux podasts :

Des rencontres & des portraits de femmes – artistes, militantes, blogueuses.
Une chouette équipe en mode #sororité.

 

Déconstruction des virilité & continuité avec les études féministes : c’est intellectuellement costaud et dense et captivant.

pas si facile

Cinq mois plus tard, il faut s’avouer que l’aventure culturelle en non-mixité n’est pas tous les jours une partie de plaisir.

Certain·e·s ont renoncé à l’écoute musicale sélective, d’autres à décaler de plusieurs mois la lecture d’un bouquin appétissant. Certain·e·s ont accepté des invitations au théâtre, au concert, au cinoche. La plupart ont galéré à choisir des films ou des séries qui les bottent, et une fois ceci fait galéré à nouveau à mettre la main dessus. On a tout·e·s lu beaucoup d’articles écrits par des hommes – y compris à propos des femmes – et écouté beaucoup d’hommes causer dans le poste, à la télé, sur le net.

La difficulté qu’il y a à apposer ce filtre-là sur le champ culturel est riche d’enseignements.

En ce qui concerne le cinéma, une camarade suggère une série de facteurs qui rendent la tâche particulièrement difficile : les femmes réalisatrices font moins carrière que les hommes, souvent à des endroits subalternes et invisibilisés (premiers films, téléfilms, documentaires, séries de fiction dont le showrunner est un homme); elles sont moins payées et à la tête de films à budgets inférieurs (très peu de SF ou de superproductions, cinéma plutôt social, réaliste, voire intime); et au final, les producteurs ont moins besoin de rentrer dans leurs frais, et dépensent moins d’énergie à rendre ces œuvres disponibles (achetables). Dans la foule des cinéaste, il y a ainsi très peu de réalisatrices dont nous sommes capables, spontanément, de citer trois films ou plus (de mon côté, à brûle-pourpoint : Jane Campion, Kathryn Bigelow, Claire Denis et c’est à peu près tout).

Pas facile, donc, d’avancer dans 2018 sans déroger à la contrainte, de vivre cette année culturelle cette piste toujours à l’esprit. Mais que ce soit ardu n’est pas un hasard, et témoigne aussi de la façon dont les champs culturels sont structurés – répartition des tâches, partage des bénéfices matériels et symboliques.

Et puis, pour continuer à creuser, on peut aussi s’appuyer sur celles qui avancent tout à côté de nous – par exemple cette épatante mailing list en français, source de prescription tous azimuts :

Women Wo Do Stuff

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Twine est un logiciel libre de création littéraire interactive.

Il permet de fabriquer des œuvres écrites qui sont plus ou moins des récits et plus ou moins des jeux et plus ou moins des expériences.

*

Si vous lisez l’anglais, ne passez pas à côté du boulot de Porpentine Charity Heartscape qui multiplie les œuvres depuis la création du logiciel. Elle en a tiré plusieurs dizaines de jeux, certains très expérimentaux.

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Son dernier, With Those We Love Alive, est une des choses les plus abouties que j’ai lue sous cette forme. Un jeu fascinant & triste dans un univers de dark fantasy répugnant. Magnifiquement écrit, totalement fou. Un grand truc.

Cette incroyable interview est la préférée de l’auteure.

*

En français, Kathleen Rousset propose Les petits cailloux, récit linéaire d’une rencontre amoureuse dont twine permet de creuser les à côtés, les mails, les notes intimes, les états mentaux.

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C’est de la littérature générale augmentée, avec un univers au langage très dense, des jeux sur la mise en page et une grande finesse dans l’usage de l’outil.

*

Enfin, la kamaratka luvan nous a gratifié en décembre 2016 du premier épisode de Zeitgeist, un « livre dont tu es le héros » teinté d’expressionnisme allemand.

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C’est noir et blanc, ça fout les jetons, et une fois encore l’usage de twine se métamorphose, au service cette fois d’un récit labyrinthe dont la structure se calque sur celle de l’exploration d’un lieu.

On attend la suite !

 

Dirty Computer

J’aime le boulot de Monáe depuis pas mal de temps, mais sa musique me semblait bizarrement toujours un peu conceptuelle et froide, un peu distante.
Pour le coup, son dernier disque est tout, sauf ça.

Un album et un coming out – ou un album en forme de coming out.
Janelle Monáe est queer & pansexuelle.
Dirty Computer est funk, soul & hip-hop.

Dirty Computer m’obsède depuis une semaine. C’est dansant, c’est furieux, c’est tendre & amoureux, c’est mystique & politique. Sur quinze morceaux il y a huit tubes. Janelle Monáe est une brute de talent.

Comme si Madonna avait mangé Prince qui aurait mangé Kendrick Lamar (bon appétit !) avec de la SF, du #blacklivesmatter et Dieue.

Dirty Computer est enfin une charge joyeuse anti-Trump & anti monde de merde, par la colère, l’affirmation de soi, le désir & la joie.

Ma bande-son pour le reste de cette année non-mixte !

La Vagabonde

Ça commence comme un documentaire, plongée dans la vie de crevarde des artistes de music-hall début-de-siècle, solitude de femmes seules, perçues avec inquiétude parce qu’indépendantes financièrement. Ça se poursuit en romance psychologique un peu datée et plutôt flippante. Ça se termine en feu d’artifice lyrique, mêlant tour de France des buffets de gare et reprise de pouvoir de la narratrice sur elle-même, sur le monde.

Un livre hétéroclite, une surprise, une découverte : on écrivait donc aussi comme ça en 1910 ?

 

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« (…) je te rejette, et je choisis… tout ce qui n’est pas toi. Je t’ai déjà connu, et je te reconnais. N’es-tu pas, en croyant donner, celui qui accapare ? Tu étais venu pour partager ma vie… Partager, oui : prendre ta part ! Être de moitié dans mes actes, t’introduire à chaque heure dans la pagode secrète de mes pensées, n’est-ce pas ? Pourquoi toi plutôt qu’un autre ? Je l’ai fermée à tous.

Tu es bon, et tu prétendais, de la meilleure foi du monde, m’apporter le bonheur, car tu m’as vue dénuée et solitaire. Mais tu avais compté sans mon orgueil de pauvresse : les plus beaux pays de la terre, je refuse des les contempler, tout petits, au miroir amoureux de ton regard…

Le bonheur ? Es-tu sûr que le bonheur me suffise désormais ?… Il n’y a pas que le bonheur qui donne du prix à la vie. Tu voulais m’illuminer de cette banale aurore, car tu me plaignais obscure. Obscure, si tu veux : comme une chambre vue du dehors. Sombre, et non obscure. Sombre, et parée par les soins d’une vigilante tristesse, argentée et crépusculaire comme l’effraie, comme la souris soyeuse, comme l’aile de la mite. Sombre, avec le rouge reflet d’un déchirant souvenir… Mais tu es celui devant qui je n’aurai plus le droit d’être triste… »

La Vagabonde, Colette, 1910.

 

Sur la planche

Tanger, maintenant ou à peu près. Dans la ville frontière marocaine, les prolotes sont séparées en deux castes : les filles-crevettes et les filles-textiles. Des dizaines de milliers de jeunes femmes qui taffent à tailler les habits / décortiquer les crustacés de l’Occident.

Badia a vingt ans et trop d’énergie pour gâcher sa vie dans une usine frigo. Elle bouge, court, crie. Avec Imane, sa copine et collègue, elle va zoner en ville, drague, dépouille de plus riches qu’elle, fourgue ses trouvailles au souk. Un soir, les deux font la connaissance d’Asma et Nawal : entre les quatre filles, une association amicale et crapuleuse se noue.

projection-debat

Je ne savais rien de Sur la planche avant de mettre la galette dans la lecteur, ni de sa réalisatrice, Leïla Kilani. Super surprise, à tous niveau. Filmé juste avant le début des révolutions arabe, on y voit déjà l’énergie et la vie hors stéréotypes de ces jeunes femmes nord-africaines qui ont foutu Ben Ali à la porte en Tunisie voisine. Kilani vient du documentaire, et Sur la planche est une plongée dans un Tanger pluvieux, nocturne, vibrant, avec les décors incroyable de la zone franche, les immeubles collectifs, les villas pseudo-californiennes des richards. Tout est filmé très près des corps, la photo magnifique, tout paraît vrai. En même temps & surtout, Sur la planche est un chouette polar, un film noir dans les codes, avec manipulation, tensions, promesse de gros coup, incertitude et paranoïa.

sur-la-planche

Docu + critique sociale + polar + témoignage générationnel… Quoi d’autre ? J’oublie juste de parler du son, lui aussi absolument épatant, et des actrices principales, toutes quatre amatrices, toutes quatre bluffantes.