Intergalactiques, 21 & 22 avril

Ce week-end, à Lyon, le festival de science-fiction Les Intergalactiques a pour thème FUTURAE FEMINAE et invite quelques unes des auteures les plus importantes du genre.

http://www.undernierlivre.net/feminisme-et-science-fiction-les-intergalactiques-de-lyon-7eme-edition/

 

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La Vagabonde

Ça commence comme un documentaire, plongée dans la vie de crevarde des artistes de music-hall début-de-siècle, solitude de femmes seules, perçues avec inquiétude parce qu’indépendantes financièrement. Ça se poursuit en romance psychologique un peu datée et plutôt flippante. Ça se termine en feu d’artifice lyrique, mêlant tour de France des buffets de gare et reprise de pouvoir de la narratrice sur elle-même, sur le monde.

Un livre hétéroclite, une surprise, une découverte : on écrivait donc aussi comme ça en 1910 ?

 

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« (…) je te rejette, et je choisis… tout ce qui n’est pas toi. Je t’ai déjà connu, et je te reconnais. N’es-tu pas, en croyant donner, celui qui accapare ? Tu étais venu pour partager ma vie… Partager, oui : prendre ta part ! Être de moitié dans mes actes, t’introduire à chaque heure dans la pagode secrète de mes pensées, n’est-ce pas ? Pourquoi toi plutôt qu’un autre ? Je l’ai fermée à tous.

Tu es bon, et tu prétendais, de la meilleure foi du monde, m’apporter le bonheur, car tu m’as vue dénuée et solitaire. Mais tu avais compté sans mon orgueil de pauvresse : les plus beaux pays de la terre, je refuse des les contempler, tout petits, au miroir amoureux de ton regard…

Le bonheur ? Es-tu sûr que le bonheur me suffise désormais ?… Il n’y a pas que le bonheur qui donne du prix à la vie. Tu voulais m’illuminer de cette banale aurore, car tu me plaignais obscure. Obscure, si tu veux : comme une chambre vue du dehors. Sombre, et non obscure. Sombre, et parée par les soins d’une vigilante tristesse, argentée et crépusculaire comme l’effraie, comme la souris soyeuse, comme l’aile de la mite. Sombre, avec le rouge reflet d’un déchirant souvenir… Mais tu es celui devant qui je n’aurai plus le droit d’être triste… »

La Vagabonde, Colette, 1910.

 

Sur la planche

Tanger, maintenant ou à peu près. Dans la ville frontière marocaine, les prolotes sont séparées en deux castes : les filles-crevettes et les filles-textiles. Des dizaines de milliers de jeunes femmes qui taffent à tailler les habits / décortiquer les crustacés de l’Occident.

Badia a vingt ans et trop d’énergie pour gâcher sa vie dans une usine frigo. Elle bouge, court, crie. Avec Imane, sa copine et collègue, elle va zoner en ville, drague, dépouille de plus riches qu’elle, fourgue ses trouvailles au souk. Un soir, les deux font la connaissance d’Asma et Nawal : entre les quatre filles, une association amicale et crapuleuse se noue.

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Je ne savais rien de Sur la planche avant de mettre la galette dans la lecteur, ni de sa réalisatrice, Leïla Kilani. Super surprise, à tous niveau. Filmé juste avant le début des révolutions arabe, on y voit déjà l’énergie et la vie hors stéréotypes de ces jeunes femmes nord-africaines qui ont foutu Ben Ali à la porte en Tunisie voisine. Kilani vient du documentaire, et Sur la planche est une plongée dans un Tanger pluvieux, nocturne, vibrant, avec les décors incroyable de la zone franche, les immeubles collectifs, les villas pseudo-californiennes des richards. Tout est filmé très près des corps, la photo magnifique, tout paraît vrai. En même temps & surtout, Sur la planche est un chouette polar, un film noir dans les codes, avec manipulation, tensions, promesse de gros coup, incertitude et paranoïa.

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Docu + critique sociale + polar + témoignage générationnel… Quoi d’autre ? J’oublie juste de parler du son, lui aussi absolument épatant, et des actrices principales, toutes quatre amatrices, toutes quatre bluffantes.

Marina Rollman

Le temps est court, en ce moment, pour me poser devant deux heures de film, alors je me rabats sur les vidéos brèves. Il y a beaucoup de femmes dans la nouvelle génération d’humoristes venue du stand up, parmi lesquelles l’épatante Marina Rollman.

Après un unique (?) passage par le Jamel Comedy Club, Marina Rollman est devenue chroniqueuse radio l’an dernier, d’abord en Suisse romande, désormais également sur France Inter. Elle fait aussi des blablas détente dans des réunions sérieuses, par exemple l’intervention ci-dessous lors d’un grand raout de généticiens.

 

 

 

 

 

Marina Rollman a commencé en s’inspirant de Louis CK, mais me fait plus rire encore maintenant qu’elle se laisse emporter par des espèces de galops d’imagination et de mots, une forme d’humour assez rare qui rappelle par moment les logorrhées desprogiennes. Elle peut aussi se caler sur un rythme conférence pour parler longuement et sans la moindre vanne de choses souvent malines et parfois belles voire émouvantes.

Beaucoup de respect pour ces gens capables d’écrire trois, quatre, cinq chroniques par semaine sans lasser les auditeurs. Les moins de trente ans déboulent et elles bottent des fesses. Yay !

Zviane

La bédéaste québécoise Zviane était à Angoulême il y a peu, ce qui m’a permis, par personnes interposées, de choper les deux derniers numéros de son fantabuleux fanzine, LA JUNGLE.

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Zviane est blogueuse, musicienne, théoricienne de la bédé, elle fait des comédies musicales minuscules, des courts-métrages animés, des affiches de films en collage, des blagues, des photos et des tutos cuisine. Tout, en fait, avec une énergie constante. J’aime beaucoup beaucoup ça, chez un artiste, faire passer l’intelligence avant le sérieux. Tout ce qu’elle fait vaut le coup d’oeil – même si, d’ici, c’est parfois un peu difficile à dégotter (mais c’est ça, aussi, qui fait que c’est marrant).

D’abord, il y a Internet & son site perso : http://www.zviane.com

Ensuite, il y a quelques bouquins correctement diffusés en France (ceux parus chez Pow-Wow), à commencer par Ping-pong, un essai dessiné Scott McCloud style, qui réfléchit sur les parallèles entre création bédé et création musicale. Si vous le trouvez, vous pouvez aussi vous jeter sur Les Deuxièmes, un mélo pornographique (mais oui) qui propose de figurer le sexe comme une partition musciale.

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Après, il y a les libraires qui font de l’import de bédé québécoise. De mon côté je m’approvisionne chez Tulitu, à Bruxelles, qui est un super lieu, au taquet sur les bouquins politiques, genre & féminisme.

Enfin, il y a la VPC, mais ça reste bien cher depuis le Canada.

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Zviane fait partie d’une génération d’auteurs qui bossent d’un bout à l’autre de la chaîne du livre, du gros éditeur au petit producteur bio et de Youtube au fanzine papier. Son boulot, très varié et très libre s’adapte à ses supports.

Et c’est pour ça que je ne saurais trop vous recommander d’essayer de dégotter LA JUNGLE, grosse revue (une centaine de pages par numéro) entièrement réalisée par l’autrice, pleine jusqu’à la gueule et absolument dingue en terme de qualité & de liberté créative. On y trouve le feuilleton thriller SF Football Fantaisie, des strips, des recettes de cuisine, des croquis de voyage et, dans chaque numéro, une grosse bédé one-shot qui justifie à elle seule vos 20 euros. En plus (en plus !) la qualité ne cesse de grimper avec, dans le numéro 3 un des meilleurs boulot de la bédéaste ever : Natatoria, une bédé d’une quarantaine (?) de planches en manière de guide des piscines de Montréal, entièrement réalisée en papier découpé, et prétexte à mille digressions captivantes.

Evidemment, trouver LA JUNGLE va  vous demander des efforts. Ce sera exactement le contraire de cliquer sur un lien ou de braquer un rayon de médiathèque. Ce sera une autre façon de désirer, d’acheter et de lire.

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Zviane FTW !

Les sables de l’Amargosa – Claire Vaye Watkins

Dans la catégorie: je n’aurais pas lu ça sans l’année non mixte.


Ray et Luz vivent dans une maison de luxe au-dessus d’un canyon. Elle est un ancien mannequin et lui un ancien militaire, mais on n’est pas dans un roman de Marc Lévy : ça ne va pas bien se passer, ni pour eux, ni pour le reste du monde. On est en Californie dans un futur probable. Suite à sa gestion de l’eau catastrophique (et bien documentée de nos jours), l’ouest des États-Unis est devenu un désert. Les anciens habitants de la Californie ont fui pour la plupart (on les surnommes les Mojaves) et sont parqués dans des camps dans le reste du pays. Ray et Luz ont décidé de rester, jusqu’à leur rencontre avec Ig, l’enfant bizarre, qui va les pousser à quitter leur refuge et entreprendre une traversée du désert jusqu’à rencontrer la communauté étrange de Levi Zabrinskie.

 

Publié dans une collection de littérature américaine, les sables est aussi clairement un roman de SF, tendance climatic-fiction. Cet aspect là est fait avec soin. Si elle n’est pas incroyablement originale, l’anticipation est bien documentée, réaliste et menée sans expositions absurdes ni info-dumps mal placés. L’écriture donne l’impression de lire un roman contemporain se déroulant dans un pays distant et pas très agréable. Pour les personnages tout est normal, ils ont creusé leur vie branlante dans cet espace-temps, ils galèrent pour se procurer de l’eau (le ravitaillement d’état et la croix rouge), ils extraient des maisons abandonnées des trucs et des machins, ils défendent à leur manière certains idéaux.

 

Le roman devient encore meilleur quand il approche la communauté de Zabriskie et l’énorme et mythique dune de l’Amargosa auprès de laquelle elle s’abrite. On entre alors dans un monde étrange et halluciné, construit et peuplé de mots, de croyances, d’espoirs et d’illusions. Je me suis demandé si ce procédé d’une extrapolation crédible sautant jusqu’à un objet littéraire étrange et démesuré n’était pas une des marques de la bonne science-fiction.

J’ai aimé l’ensemble, sans adhérer totalement. Luz, héroïne assez casse-pieds, mériterait de sortir de l’orbite autour de son nombril. Même en post-apo, les Californiens stressés restent des Californiens stressés. L’écriture manque parfois de simplicité, la construction de clarté, on saute certains passages introspectifs sans regret, on en découvre d’autres, très inventifs, avec joie. Page 261, sous prétexte d’un rêve de Luz, on découvre une nouvelle étrange mettant en scène des hommes-taupes et la réserve de déchets nucléaires de Yucca Valley, qui aurait sa place dans un des livres de Yirminadingrad. Le collage est raté, le texte inséré très réussi. Bref, les sables est un roman bancal, souvent intéressant et marquant.

 

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musique mainstream du monde #4

Tentative d’épuisement des chansons féminines numéro 1 ici ou là, dans le monde entier.

 

4. Europe

 

En Moldavie, on écoute :

 

Et en Bulgarie :

 

Bien sûr, on écoute aussi à fond de balle Camila Cabello, Beyoncé (avec Ed Sheeran) ou Demi Lovato (avec Luis Fonsi).

Il y a un gros trou dans la carte au Moyen & Proche-Orient.

 

Enfin, dans le top 15 des chansons les plus streamées au monde, les positions 1, 2, 4, 5 et 7 sont tenues par des duos mixtes (chantés en anglais, espagnol, ou les deux, et en russe), et les 9e et 12e sont occupées par des girls band (japonaises et coréennes).