pas si facile

Cinq mois plus tard, il faut s’avouer que l’aventure culturelle en non-mixité n’est pas tous les jours une partie de plaisir.

Certain·e·s ont renoncé à l’écoute musicale sélective, d’autres à décaler de plusieurs mois la lecture d’un bouquin appétissant. Certain·e·s ont accepté des invitations au théâtre, au concert, au cinoche. La plupart ont galéré à choisir des films ou des séries qui les bottent, et une fois ceci fait galéré à nouveau à mettre la main dessus. On a tout·e·s lu beaucoup d’articles écrits par des hommes – y compris à propos des femmes – et écouté beaucoup d’hommes causer dans le poste, à la télé, sur le net.

La difficulté qu’il y a à apposer ce filtre-là sur le champ culturel est riche d’enseignements.

En ce qui concerne le cinéma, une camarade suggère une série de facteurs qui rendent la tâche particulièrement difficile : les femmes réalisatrices font moins carrière que les hommes, souvent à des endroits subalternes et invisibilisés (premiers films, téléfilms, documentaires, séries de fiction dont le showrunner est un homme); elles sont moins payées et à la tête de films à budgets inférieurs (très peu de SF ou de superproductions, cinéma plutôt social, réaliste, voire intime); et au final, les producteurs ont moins besoin de rentrer dans leurs frais, et dépensent moins d’énergie à rendre ces œuvres disponibles (achetables). Dans la foule des cinéaste, il y a ainsi très peu de réalisatrices dont nous sommes capables, spontanément, de citer trois films ou plus (de mon côté, à brûle-pourpoint : Jane Campion, Kathryn Bigelow, Claire Denis et c’est à peu près tout).

Pas facile, donc, d’avancer dans 2018 sans déroger à la contrainte, de vivre cette année culturelle cette piste toujours à l’esprit. Mais que ce soit ardu n’est pas un hasard, et témoigne aussi de la façon dont les champs culturels sont structurés – répartition des tâches, partage des bénéfices matériels et symboliques.

Et puis, pour continuer à creuser, on peut aussi s’appuyer sur celles qui avancent tout à côté de nous – par exemple cette épatante mailing list en français, source de prescription tous azimuts :

Women Wo Do Stuff

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Une réflexion sur “pas si facile

  1. Je réagis à l’article précédent. J’ai décidé depuis le début de restreindre mon filtre à la littérature : je regarde si peu de films, de pièces de théâtre, de concerts que se restreindre dans ce domaine reviendrait à ne presque plus rien faire. Pour les livres au moins, j’ai vraiment l’impression de tout le temps choisir.

    Côté lectures, j’ai fait un des rencontres intéressantes: j’ai retrouvé Ursula Le Guin, découverte à l’adolescence (je n’avais alors rien compris). Lu des polars intellos-politiques (mais passionnants) de Dominique Manotti, un peu de SF/fantasy de Kij Johnson (pas mal), et du Dorothy Sayers. J’ai fait aussi quelques entorses, quand est sorti un nouveau livre d’un copain, quand il a fallu se documenter sur des trucs et des machins, ou quand j’ai eu envie de (re)lire des polars de Andrea Camillieri.
    La curiosité continue à me faire accumuler des livres écrits par des femmes. Sachant que je lis moins vite que je ne trouve des livres, 2018 va avoir une longue traîne !

    L

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