s’organiser + 3 fois Pélagie

Mélanie Fazi a interviewé, pour le webzine Le Cargo, les fondatrices du label FRACA!!!

Je n’y connais presque rien économie de la musique, mais tout ce qu’elles y disent me rappelle la façon dont fonctionne l’édition de bouquins. Et je suis frappé que ce genre d’initiative pour raccourcir la chaîne d’intermédiaires / reprendre en main les outils de production soit si souvent le fait d’artistes femmes.

Confer, en bédé / art plastique les boulots de Tanx (fanzinat, tirages maison, vente directe) ou de Zviane (avec son projet La Jungle dont je causais déjà ici)…

Dans l’interview, Katel dit :

« Sans être dans un truc revanchard du tout, il se trouve qu’effectivement, quand une femme fait quelque chose et qu’il y a un homme à côté qui est souvent son supérieur hiérarchique, la structure est faite pour que lui-même ne puisse pas faire autrement que de s’attribuer le mérite. Ça marche aussi avec les patrons et les employés : [c’est] le stagiaire homme qui a trouvé l’artiste mais c’est le DA qui s’attribue le mérite parce qu’il est au poste du mérite. Ce sont aussi des hiérarchies sociales qui font que ça se passe comme ça, et il se trouve que ces hiérarchies sociales sont squattées par les hommes, donc ça se traduit de cette manière. Mais je dirais que c’est un truc plus global du patron qui s’attribue le mérite des employés. »

En expérimentant les difficultés de tenir la contrainte d’une année culturelle en non-mixité, il me semble voir se dessiner de plus en plus nettement les lignes de force à l’œuvre dans les industries artistiques. Le lien entre rapports de classe et rapport de genre.

(Le Monolecte a écrit un très bel article de blog sur le sujet.)

Dans le cas de FRACA!!!, refuser la fragmentation des tâches revient à accepter de faire tout le boulot, y compris celui présenté comme moins gratifiant. C’est aussi empêcher que le mérite de ce boulot puisse être attribué à quelqu’un d’autre.

Et pour en rajouter une couche, je vous propose de cette éclairante tartine de Tanx intitulée C’est qui le patron ? dans laquelle on peut lire, entre autres merveilles :

« Ce qui me fait grincer c’est d’entendre ces braves types clamer que DIY or die, que plutôt crever qu’avoir un patron ou devenir un vendu au capital, que vivre debout plutôt que crever à genoux… oui, c’est honorable, bravo, entièrement d’accord.
Mais ça signifie aussi se taper le taf au lieu de le déléguer de façon presque naturelle, en tous cas inconsciente, aux meufs, parce qu’on a “pas envie” qu’on “sait pas faire”, que c’est pas “leur boulot” ou qu’on veut “se concentrer sur l’essentiel” ou que sais-je encore. À en entendre beaucoup il faut bien noter qu’il n’y a personne au-dessus mais surtout ne jamais voir le larbin en-dessous. »

 

*

 

Cet été, j’ai lu Pélagie-la-Charette d’Antonine Maillet. C’est un chef d’œuvre épique, un truc qui ne déparerait pas chez Gallmeister ou chez Toussaint Louverture, c’est Lonesome Dove qui aurait mangé Cent ans de solitude, c’est plein de furie, de splendeur, avec une envergure incroyable et une écriture à l’avenant.

Voilà maintenant les couvertures :

 

Alors, je sais pas si c’est parce que c’est québécois, que ça date des années 70, que le titre est un nom de femme ou que l’auteure en est une, mais je parie pas que ça vous donne envie de l’ouvrir.

Ce qui serait bien dommage. Pélagie dépote.

Ma grande découverte de 2018.

 

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