dans l’Internet

Une histoire des luttes LGBT(QI) dans cette émission régulière de Mediapart menée par deux historiennes & leur(s) invitée(s).

 

Et puis deux podasts :

Des rencontres & des portraits de femmes – artistes, militantes, blogueuses.
Une chouette équipe en mode #sororité.

 

Déconstruction des virilité & continuité avec les études féministes : c’est intellectuellement costaud et dense et captivant.

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pas si facile

Cinq mois plus tard, il faut s’avouer que l’aventure culturelle en non-mixité n’est pas tous les jours une partie de plaisir.

Certain·e·s ont renoncé à l’écoute musicale sélective, d’autres à décaler de plusieurs mois la lecture d’un bouquin appétissant. Certain·e·s ont accepté des invitations au théâtre, au concert, au cinoche. La plupart ont galéré à choisir des films ou des séries qui les bottent, et une fois ceci fait galéré à nouveau à mettre la main dessus. On a tout·e·s lu beaucoup d’articles écrits par des hommes – y compris à propos des femmes – et écouté beaucoup d’hommes causer dans le poste, à la télé, sur le net.

La difficulté qu’il y a à apposer ce filtre-là sur le champ culturel est riche d’enseignements.

En ce qui concerne le cinéma, une camarade suggère une série de facteurs qui rendent la tâche particulièrement difficile : les femmes réalisatrices font moins carrière que les hommes, souvent à des endroits subalternes et invisibilisés (premiers films, téléfilms, documentaires, séries de fiction dont le showrunner est un homme); elles sont moins payées et à la tête de films à budgets inférieurs (très peu de SF ou de superproductions, cinéma plutôt social, réaliste, voire intime); et au final, les producteurs ont moins besoin de rentrer dans leurs frais, et dépensent moins d’énergie à rendre ces œuvres disponibles (achetables). Dans la foule des cinéaste, il y a ainsi très peu de réalisatrices dont nous sommes capables, spontanément, de citer trois films ou plus (de mon côté, à brûle-pourpoint : Jane Campion, Kathryn Bigelow, Claire Denis et c’est à peu près tout).

Pas facile, donc, d’avancer dans 2018 sans déroger à la contrainte, de vivre cette année culturelle cette piste toujours à l’esprit. Mais que ce soit ardu n’est pas un hasard, et témoigne aussi de la façon dont les champs culturels sont structurés – répartition des tâches, partage des bénéfices matériels et symboliques.

Et puis, pour continuer à creuser, on peut aussi s’appuyer sur celles qui avancent tout à côté de nous – par exemple cette épatante mailing list en français, source de prescription tous azimuts :

Women Wo Do Stuff

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Twine est un logiciel libre de création littéraire interactive.

Il permet de fabriquer des œuvres écrites qui sont plus ou moins des récits et plus ou moins des jeux et plus ou moins des expériences.

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Si vous lisez l’anglais, ne passez pas à côté du boulot de Porpentine Charity Heartscape qui multiplie les œuvres depuis la création du logiciel. Elle en a tiré plusieurs dizaines de jeux, certains très expérimentaux.

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Son dernier, With Those We Love Alive, est une des choses les plus abouties que j’ai lue sous cette forme. Un jeu fascinant & triste dans un univers de dark fantasy répugnant. Magnifiquement écrit, totalement fou. Un grand truc.

Cette incroyable interview est la préférée de l’auteure.

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En français, Kathleen Rousset propose Les petits cailloux, récit linéaire d’une rencontre amoureuse dont twine permet de creuser les à côtés, les mails, les notes intimes, les états mentaux.

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C’est de la littérature générale augmentée, avec un univers au langage très dense, des jeux sur la mise en page et une grande finesse dans l’usage de l’outil.

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Enfin, la kamaratka luvan nous a gratifié en décembre 2016 du premier épisode de Zeitgeist, un « livre dont tu es le héros » teinté d’expressionnisme allemand.

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C’est noir et blanc, ça fout les jetons, et une fois encore l’usage de twine se métamorphose, au service cette fois d’un récit labyrinthe dont la structure se calque sur celle de l’exploration d’un lieu.

On attend la suite !

 

Dirty Computer

J’aime le boulot de Monáe depuis pas mal de temps, mais sa musique me semblait bizarrement toujours un peu conceptuelle et froide, un peu distante.
Pour le coup, son dernier disque est tout, sauf ça.

Un album et un coming out – ou un album en forme de coming out.
Janelle Monáe est queer & pansexuelle.
Dirty Computer est funk, soul & hip-hop.

Dirty Computer m’obsède depuis une semaine. C’est dansant, c’est furieux, c’est tendre & amoureux, c’est mystique & politique. Sur quinze morceaux il y a huit tubes. Janelle Monáe est une brute de talent.

Comme si Madonna avait mangé Prince qui aurait mangé Kendrick Lamar (bon appétit !) avec de la SF, du #blacklivesmatter et Dieue.

Dirty Computer est enfin une charge joyeuse anti-Trump & anti monde de merde, par la colère, l’affirmation de soi, le désir & la joie.

Ma bande-son pour le reste de cette année non-mixte !

La Vagabonde

Ça commence comme un documentaire, plongée dans la vie de crevarde des artistes de music-hall début-de-siècle, solitude de femmes seules, perçues avec inquiétude parce qu’indépendantes financièrement. Ça se poursuit en romance psychologique un peu datée et plutôt flippante. Ça se termine en feu d’artifice lyrique, mêlant tour de France des buffets de gare et reprise de pouvoir de la narratrice sur elle-même, sur le monde.

Un livre hétéroclite, une surprise, une découverte : on écrivait donc aussi comme ça en 1910 ?

 

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« (…) je te rejette, et je choisis… tout ce qui n’est pas toi. Je t’ai déjà connu, et je te reconnais. N’es-tu pas, en croyant donner, celui qui accapare ? Tu étais venu pour partager ma vie… Partager, oui : prendre ta part ! Être de moitié dans mes actes, t’introduire à chaque heure dans la pagode secrète de mes pensées, n’est-ce pas ? Pourquoi toi plutôt qu’un autre ? Je l’ai fermée à tous.

Tu es bon, et tu prétendais, de la meilleure foi du monde, m’apporter le bonheur, car tu m’as vue dénuée et solitaire. Mais tu avais compté sans mon orgueil de pauvresse : les plus beaux pays de la terre, je refuse des les contempler, tout petits, au miroir amoureux de ton regard…

Le bonheur ? Es-tu sûr que le bonheur me suffise désormais ?… Il n’y a pas que le bonheur qui donne du prix à la vie. Tu voulais m’illuminer de cette banale aurore, car tu me plaignais obscure. Obscure, si tu veux : comme une chambre vue du dehors. Sombre, et non obscure. Sombre, et parée par les soins d’une vigilante tristesse, argentée et crépusculaire comme l’effraie, comme la souris soyeuse, comme l’aile de la mite. Sombre, avec le rouge reflet d’un déchirant souvenir… Mais tu es celui devant qui je n’aurai plus le droit d’être triste… »

La Vagabonde, Colette, 1910.

 

Sur la planche

Tanger, maintenant ou à peu près. Dans la ville frontière marocaine, les prolotes sont séparées en deux castes : les filles-crevettes et les filles-textiles. Des dizaines de milliers de jeunes femmes qui taffent à tailler les habits / décortiquer les crustacés de l’Occident.

Badia a vingt ans et trop d’énergie pour gâcher sa vie dans une usine frigo. Elle bouge, court, crie. Avec Imane, sa copine et collègue, elle va zoner en ville, drague, dépouille de plus riches qu’elle, fourgue ses trouvailles au souk. Un soir, les deux font la connaissance d’Asma et Nawal : entre les quatre filles, une association amicale et crapuleuse se noue.

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Je ne savais rien de Sur la planche avant de mettre la galette dans la lecteur, ni de sa réalisatrice, Leïla Kilani. Super surprise, à tous niveau. Filmé juste avant le début des révolutions arabe, on y voit déjà l’énergie et la vie hors stéréotypes de ces jeunes femmes nord-africaines qui ont foutu Ben Ali à la porte en Tunisie voisine. Kilani vient du documentaire, et Sur la planche est une plongée dans un Tanger pluvieux, nocturne, vibrant, avec les décors incroyable de la zone franche, les immeubles collectifs, les villas pseudo-californiennes des richards. Tout est filmé très près des corps, la photo magnifique, tout paraît vrai. En même temps & surtout, Sur la planche est un chouette polar, un film noir dans les codes, avec manipulation, tensions, promesse de gros coup, incertitude et paranoïa.

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Docu + critique sociale + polar + témoignage générationnel… Quoi d’autre ? J’oublie juste de parler du son, lui aussi absolument épatant, et des actrices principales, toutes quatre amatrices, toutes quatre bluffantes.

Marina Rollman

Le temps est court, en ce moment, pour me poser devant deux heures de film, alors je me rabats sur les vidéos brèves. Il y a beaucoup de femmes dans la nouvelle génération d’humoristes venue du stand up, parmi lesquelles l’épatante Marina Rollman.

Après un unique (?) passage par le Jamel Comedy Club, Marina Rollman est devenue chroniqueuse radio l’an dernier, d’abord en Suisse romande, désormais également sur France Inter. Elle fait aussi des blablas détente dans des réunions sérieuses, par exemple l’intervention ci-dessous lors d’un grand raout de généticiens.

 

 

 

 

 

Marina Rollman a commencé en s’inspirant de Louis CK, mais me fait plus rire encore maintenant qu’elle se laisse emporter par des espèces de galops d’imagination et de mots, une forme d’humour assez rare qui rappelle par moment les logorrhées desprogiennes. Elle peut aussi se caler sur un rythme conférence pour parler longuement et sans la moindre vanne de choses souvent malines et parfois belles voire émouvantes.

Beaucoup de respect pour ces gens capables d’écrire trois, quatre, cinq chroniques par semaine sans lasser les auditeurs. Les moins de trente ans déboulent et elles bottent des fesses. Yay !

Zviane

La bédéaste québécoise Zviane était à Angoulême il y a peu, ce qui m’a permis, par personnes interposées, de choper les deux derniers numéros de son fantabuleux fanzine, LA JUNGLE.

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Zviane est blogueuse, musicienne, théoricienne de la bédé, elle fait des comédies musicales minuscules, des courts-métrages animés, des affiches de films en collage, des blagues, des photos et des tutos cuisine. Tout, en fait, avec une énergie constante. J’aime beaucoup beaucoup ça, chez un artiste, faire passer l’intelligence avant le sérieux. Tout ce qu’elle fait vaut le coup d’oeil – même si, d’ici, c’est parfois un peu difficile à dégotter (mais c’est ça, aussi, qui fait que c’est marrant).

D’abord, il y a Internet & son site perso : http://www.zviane.com

Ensuite, il y a quelques bouquins correctement diffusés en France (ceux parus chez Pow-Wow), à commencer par Ping-pong, un essai dessiné Scott McCloud style, qui réfléchit sur les parallèles entre création bédé et création musicale. Si vous le trouvez, vous pouvez aussi vous jeter sur Les Deuxièmes, un mélo pornographique (mais oui) qui propose de figurer le sexe comme une partition musciale.

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Après, il y a les libraires qui font de l’import de bédé québécoise. De mon côté je m’approvisionne chez Tulitu, à Bruxelles, qui est un super lieu, au taquet sur les bouquins politiques, genre & féminisme.

Enfin, il y a la VPC, mais ça reste bien cher depuis le Canada.

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Zviane fait partie d’une génération d’auteurs qui bossent d’un bout à l’autre de la chaîne du livre, du gros éditeur au petit producteur bio et de Youtube au fanzine papier. Son boulot, très varié et très libre s’adapte à ses supports.

Et c’est pour ça que je ne saurais trop vous recommander d’essayer de dégotter LA JUNGLE, grosse revue (une centaine de pages par numéro) entièrement réalisée par l’autrice, pleine jusqu’à la gueule et absolument dingue en terme de qualité & de liberté créative. On y trouve le feuilleton thriller SF Football Fantaisie, des strips, des recettes de cuisine, des croquis de voyage et, dans chaque numéro, une grosse bédé one-shot qui justifie à elle seule vos 20 euros. En plus (en plus !) la qualité ne cesse de grimper avec, dans le numéro 3 un des meilleurs boulot de la bédéaste ever : Natatoria, une bédé d’une quarantaine (?) de planches en manière de guide des piscines de Montréal, entièrement réalisée en papier découpé, et prétexte à mille digressions captivantes.

Evidemment, trouver LA JUNGLE va  vous demander des efforts. Ce sera exactement le contraire de cliquer sur un lien ou de braquer un rayon de médiathèque. Ce sera une autre façon de désirer, d’acheter et de lire.

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Zviane FTW !